Streetart: Langage universel

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Le Street Art s’exprime de la plus belle des façons grâce au plus beau des langages, celui du langage universel de l’art. Ce moyen de communication s’étend à l’univers entier, embrasse la totalité des êtres, il s’étend à tous, nous touche tous. De ce fait, c’est un art qui unit tous les pays, toutes les couleurs de peau et franchit les classes sociales.

Le langage de l’art, dans ses formes, dessins et expressions les plus diverses et les plus réussies, doit être considéré comme un langage universel, défendant des valeurs et des principes de respect, paix, tolérance et solidarité. Pour comprendre, je vous invite à découvrir l’œuvre de Case Maclaim – unter der Hand, localisé dans l’incroyable quartier bohème de Kreuzberg à Berlin. Devant l’immensité de l’œuvre et la force de ces deux mains en contact, ces mains qui se touchent, ces âmes qui se rejoignent, ces énergies qui se confondent, il est impossible de rester insensible. Les mains, figure d’échange et d’ouverture à l’autre, symbole de générosité sont finalement des notions qui constituent l’essence du Street Art.

Unter der Hand / Sous la main
Photo: Anaïs Gonzalez

Si au départ, le grafitti était loin de s‘afficher comme expression ouvertement politique et se concevait comme passe-temps des adolescents, il semble aujourd‘hui endosser un rôle plus profond. Face à une crise économique et morale généralisée, les murs tiennent de nouveau le haut du pavé, portent la parole et les cris des artistes urbains indignés. Les messages dénoncent la société de consommation, ainsi que ses discours politiques et médiatiques normalisateurs. Mus par la rage ou l‘amour, les auteurs de ces graffitis sur les murs de nos villes mêlant art et conviction politique, comme Banksy, JR, Invader ou Shepard Fairey nous révèlent que la parole n‘a pas de barrière.

Peu à peu, d’autres âmes révoltées s’expriment sur les murs du monde entier. Par exemple l’artiste Tarek, originaire de Paris, traversant Prague, Rome, New York, le Cameroun s’imposera fièrement aussi sur la scène hambourgeoise. Il a exposé au Bateau culturel MS Stubniz, à la Kunsthaus an der Alster et au Studio Longboard.

Si les artistes français du Street Art se déplacent jusqu’à Hambourg, leurs collègues allemands s’installent également en France. Le graffeur allemand Darco est ainsi le cofondateur du groupe FBI (Fabulous Bomb Inability), créé en 1985, qui réunit des graffeurs de nombreuses nationalités. Ce groupe a acquis une notoriété dans le milieu spécialisé du graffiti, puis s’est fait remarquer par le grand public par son originalité stylistique et ses thèmes, ainsi que par la taille de ses réalisations, qui leur ont permis d’entrer dans le livre Guinness des records en 1996. Cette personnalité du monde du grafitti a peint « Zeichen der Zeit » à Hambourg. Il a également participé en 2018 à la fresque murale dans le Superior Design Hotel East Hamburg avec OZ .

Photo: Anaïs G.

Ces artistes partagent leurs arts, leurs idées, s’exposent aux regards de tous, avec leurs codes, leurs limites. Ils sont comme des médiateurs entre ce que l’art a à dire, et ce que l’homme doit entendre.

Cet article a été rédigé par Anaïs G., étudiante en Romanistique à l’Université de Hambourg.

Un travail réalisé dans le cadre du projet „Französisch auf der Spur: Digitale Schnappschüsse an der Universität und in der Stadt“, avec le soutien du Jubiläumsfonds de l’Université de Hambourg, qui fête ses 100 ans en 2019.

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La danse classique : l’art de mélanger rigidité et perpétuelle évolution

Ballerines en rose
Tableau peint à l’huile d’Edgar Degas

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La danse est l’expression d’un sentiment, d’une émotion ou d’un état. N’importe quel spectateur assistant à une représentation attend d’être transporté par un message ou dans un monde qui va lui procurer une émotion. Le danseur qui transmet le message doit lui-même le vivre et le ressentir à travers ses mouvements. Cependant, cette expression n’est que la finalité du processus.

Tout le monde ne peut prétendre à monter sur scène, danser et prendre aux tripes le spectateur. Ce processus tient compte d’une maitrise très rigoureuse de la danse. Un « simple » mouvement de bras sera en amont détaillé, répété, amplifié, rythmé, mesuré et surtout nommé. La danse classique est un symbole de rigueur parmi les danses académiques. Elle en est d’ailleurs le fondement.

C’est au XVème siècle que la danse classique naît en Italie, à l’occasion de mariages, et avec pour fonction de distraire les invités. Par la suite, c’est Catherine de Médicis qui, en épousant Henri II, l’exporte en France en 1533 et développe le ballet le transformant en un véritable spectacle de danse avec chants, versets, décors et costumes. Ensuite, c’est Louis XIV qui, avec son amour pour la mise en scène, le spectacle et la danse, donnera un souffle nouveau à la danse classique. C’est à partir de ces ballets que Jean-Baptiste Lully et Molière créeront leurs opéras-ballets et les comédies-ballets qui les rendront célèbres. Finalement, pour concrétiser sa passion, Louis XIV fondera en 1661 l’Académie Royale de Danse et en 1669 l’Académie Royale de Musique.

À la faveur de ces grandes pièces et de l’essor de la danse classique en France, la codification de celle-ci se fera majoritairement en langue française, en commençant par les cinq positions de base de la danse classique : la première, la seconde, la troisième, la quatrième et la cinquième, codifiées par Pierre Beauchamp, grand danseur de la cour de Louis XIV et premier auteur à mettre au point un système d’écriture de la danse. On peut également citer Carlos Blasis, l’un des plus grands théoriciens de la danse classique. Ce danseur et chorégraphe italien a rédigé deux ouvrages en français sur le vocabulaire de la danse. Le premier, Traité élémentaire théorique et pratique de l’art de la danse, écrit en 1820, et le second Manuel complet de la danse, dix ans plus tard. Dans ces ouvrages, on retrouve le détail des mouvements et leurs noms ainsi que le fondement de l’état d’esprit qu’un danseur se doit d’adopter pour que la discipline soit le plus parfaitement exécutée. 

À partir des années 1850, la popularité de la danse classique en France s’essouffle, elle reprendra vie grâce à la compagnie « Ballets Russes » de Serge de Diaghilev créée en 1917. Par la suite, le ballet se développera dans plusieurs pays du monde comme les États-Unis.

Cela dit, dans tout ce pan d’histoire du ballet, où se trouve donc la place de l’Allemagne ? Il semblerait que l’Allemagne ait développé ses ballets grâce à des danseurs et chorégraphes étrangers. Par exemple, l’Opéra de Hambourg, créé en 1678, semble avoir présenté principalement des ballets français. Ensuite, en 1838, l’opéra a disposé de son propre ballet permanent, composé majoritairement de danseurs étrangers comme la Française Marie Taglioni ou l’Italienne Carlotta Grisi. Ce ballet s’inspirera principalement des influences néoclassiques qui ont elles-mêmes conduit au « Ballets Russes ». Cet aperçu historique prouve que l’Allemagne n’a pas joué de rôle déterminant dans l’établissement de la danse classique et dans la création de son vocabulaire. Les ballets allemands semblent toujours s’être inspirés des tendances contemporaines de leurs époques, sans y ajouter de nouveautés.

Cependant, cela n’a pas empêché l’Allemagne d’avoir de très grands ballets classiques. En effet, la plupart des villes allemandes possèdent une troupe de ballet, contrairement à la France qui n’en possède que dans les villes les plus importantes comme Nice, Toulouse, Bordeaux et bien sûr Paris. Cette différence a été soulevée par un membre français de la compagnie de danse de Hambourg, Leeroy Boone, avec qui j’ai eu la chance d’entrer en contact. Il fait partie depuis 2016 du Hamburgballett, dirigé par le célèbre danseur et chorégraphe américain John Neumeier.

Ce n’est que plus tard, vers la fin du XXème siècle que la danse classique a connu des évolutions en Allemagne. Des danseurs comme John Neumeier qui créent des ballets dans lesquels la notion de danse classique évolue vers une danse plus contemporaine et apporte à la danse classique une touche nouvelle. Comme le dit Leeroy Boone, ce nouveau contexte de création est possible grâce à une soif de changement et à la curiosité du public allemand. C’est sur une base classique que beaucoup de chorégraphes et de danseurs s’autoriseront à évoluer vers des danses plus expérimentales. Cette évolution enrichit les ballets allemands, qui d’un « simple » ballet classique peuvent proposer des compositions dans un style néoclassique aussi bien que dans un style hip-hop ou contemporain. Ce changement apporte une renommée internationale aux ballets allemands. Par exemple, le Hamburgballett a la chance de se produire en Europe, en Asie et aux Etats-Unis.

Le ballet de Hambourg regroupe plus de soixante-dix danseurs. La plupart sont étrangers, car les danseurs viennent du monde entier pour faire partie de l’ensemble de John Neumeier. Les danseurs allemands ne représentent que 12,7% de la troupe, soit presque autant que les Français, avec 10,9%. Le reste est originaire de régions du monde très différentes, l’Italie, le Japon, l’Australie ou bien encore les États-Unis. C’est pour cela que les cours sont en anglais. Leeroy Boone explique que les termes de ballets, malgré l’image très stricte qu’on peut en avoir, varient en fonction des danseurs ou des maîtres de ballets mais aussi en fonction des méthodes d’enseignement, russe, française ou anglaise. Selon Leeroy Boone, le ballet de Hambourg se réfère à la méthode dite de Vaganova. Cette méthode a été inventée par la danseuse russe Agrippina Vaganova. Cependant, malgré l’usage d’une méthode russe et d’une langue de communication anglaise, il semblerait que le vocabulaire désignant les mouvements précis comme « un assemblé » ou « une arabesque » demeurent tout de même en langue française, de même que les mots utilisés lors de l’échauffement des danseurs, sous la conduite des maîtres de ballet, avant les représentations ou le travail avec le chorégraphe. Leeroy Boone souligne d’ailleurs qu’il a pu constater que dans les ballets allemands les termes français ne sont pas forcément bien interprétés par les danseurs et peuvent de ce fait être mal exécutés.            

Pour conclure, la danse classique est un art et une discipline inspirée de beaucoup de cultures différentes : une origine en Italie, en passant par la France et la Russie pour aujourd’hui permettre à des ballets du monde entier de développer cette discipline dans des directions sans limite. Bien que l’évolution du ballet n’ait pas de limite, son vocabulaire semble peu évoluer. Et c’est probablement grâce à cette base de communication internationale, malgré certaines divergences de méthodes et les petites interprétations maladroites, que la danse classique peut se développer aussi aisément. Le cas de l’Allemagne en est l’exemple parfait, car la danse classique a permis aux danseurs et chorégraphes de créer des œuvres contemporaines qui aujourd’hui sont reconnues partout dans le monde. La danse classique est un art chargé d’histoire et de culture qui ne cessera sûrement jamais de se développer tant que l’imagination de l’homme n’aura pas atteint ses limites.

Cet article a été rédigé par Lise L., étudiante de l’Université de Hambourg.

Un travail réalisé dans le cadre du projet „Französisch auf der Spur: Digitale Schnappschüsse an der Universität und in der Stadt“, avec le soutien du Jubiläumsfonds de l’Université de Hambourg, qui fête ses 100 ans en 2019.

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Hommage à Karl Lagerfeld de la part de Choupette

Karl Lagerfeld et Choupette
Photo: Instagram/Karl Lagerfeld

Karl Lagerfeld était l’un des plus grands créateurs de mode. Né à Hambourg, mort à Paris, les deux villes les plus importantes de sa vie. Son grand amour était le travail, le dessin et la création de mode, sans oublier son chat bien-aimé et sa muse Choupette. Dans son hommage à Karl Lagerfeld, Choupette raconte l’histoire de sa vie privée et sa relation en partie ambivalente avec les villes de Hambourg et Paris:

Karl, mon cher Karl,

Je ne peux même pas dire à quel point tu me manques. Personne ne me comprend aussi bien que toi, personne ne comprend mes besoins. J’aime me souvenir de nos dîners ensemble, tu prenais toujours soin de mon bien-être : cinq plats à choisir dans mes bols Goyard en argent tout près de toi à table.  J’aimais voler autour du monde avec toi dans ton jet privé et rendre visite au pilote dans le cockpit, mais c’était encore plus agréable de m’asseoir à côté de toi, dans mon sac Vuitton, à regarder le ciel bleu, juste nous deux en liberté. Parfois, j’ai remarqué que tu étais partagé entre divers sentiments. C’était à chaque fois que nous allions à Hambourg. J’ai remarqué à quel point cette ville comptait pour toi, mais aussi que tu ne voulais pas vraiment l’admettre. Tu n’as jamais aimé le mot „Heimat“, parce que tu étais chez toi dans le monde entier, mais tu as dit un jour : « Hambourg m’est si familier que je ne me demande même pas comment c’est et si ça me manque. Quand je navigue dans le port, j’ai l’impression que mon enfance est d’hier » ou « Je suis toujours le même stupide Hambourgeois“. Parfois, je me demandais pourquoi tu étais allé à Paris.

Tu n’aimais pas parler du passé, tu as toujours dit : „Pleurnicher sur ton passé, c’est le début d’un avenir disparu.“ Mais dans ces moments d’intimité entre nous, tu m’as raconté ce qui t’est arrivé quand tu étais enfant à Hambourg.  Né le 10 septembre 1933 à Hambourg, tu as été envoyé par tes parents à Bad Bramstedt pendant la période difficile au milieu de la Seconde Guerre mondiale. Mais tu étais toujours différent, très particulier, tu n’avais rien à voir avec les gamins de la campagne. Parfois, je regarde secrètement les vieilles photos de toi, un garçon si beau avec les cheveux longs, une veste de costume à grand revers et une cravate, alors que tous les autres garçons portent un gros débardeur sur leur chemisette. Je sais que tu détestais ces vieilles photos, mais elles m’aident à comprendre qui tu étais, comment tu étais devenu cette grande et brillante personne. Une fois, tu as dit qu’enfant, tu allais parfois au grenier où tu avais trouvé de vieux volumes de „Vogue“ et des cartes de menu que tes parents avaient ramenés de leurs voyages internationaux. Je me souviens très bien de tes paroles : „Et puis j’ai rêvé de mon propre monde. Je voulais aller à Paris“. À l’époque, tu as décidé que personne ne pourrait t’arrêter. Tu as appris le français comme un fou et tu dessinais sans cesse, même pendant les cours. Ta mère a immédiatement reconnu ton talent et a fait de toi un créateur perfectionniste. Elle disait toujours : “ Hambourg est la porte du monde, mais ce n’est que la porte, alors dehors !“.  En 1953, elle t’a emmené à Paris, et peu de temps après, grâce à ton succès au  concours organisé par le Secrétariat de laine dans la catégorie « manteau », les portes des grandes maisons se sont ouvertes à toi, le jeune Allemand. Il n’est donc pas étonnant que tu devins plus tard celui qui réinventa l’esprit de Chanel et devint le grand couturier qu’on connaît.

Tu étais un phénomène et une exception : un créateur de mode allemand à Paris, juste après la Seconde Guerre mondiale, qui est devenu l’empereur franco-allemand „Kaiser Karl“. Ton attitude directe d’Allemand du Nord, en relation avec la fantaisie et la créativité françaises, a été la clé de ton internationalité, de ton succès.  J’ai passé ces derniers jours sur mon compte Twitter à lire tous les beaux mots que les gens écrivent sur toi. Anne Hidalgo, maire de Paris, a écrit : „Karl Lagerfeld était un génie. Plus qu’une incarnation de Paris, il était Paris ». Et Peter Tschentscher, maire de Hambourg, a écrit : „Karl Lagerfeld a mené sa vie en tant que citoyen du monde, mais a toujours maintenu le lien avec la ville de son enfance. Nous perdons un Hanséatique extraordinaire et un ambassadeur de Hambourg.“

Comme ils ont raison : tu as uni les nations par ton génie, ta mode. Tu as réussi à construire un pont franco-allemand. Je me souviens de notre dernier grand voyage, le défilé de mode à l’Elbphilharmonie en 2017, où tu as encore une fois montré à tout le monde que Hambourg est comme « un papier peint dans ton cerveau », ton histoire personnelle. Ta mode parisienne à Hambourg, un hommage aux deux villes les plus importantes de ta vie, un cadeau d’adieu.

Karl, mon cher Karl,  « Hamburger Jung » et grand créateur de mode parisien, vous étiez tous les deux une seule personne. Tu étais un talent exceptionnel, ton ingéniosité nous manquera à tous. Ton travail a été ta vie, ton grand amour et il nous rappellera toujours ton souvenir. C’est un honneur pour moi d’avoir été ta seule vraie muse.

Avec tout mon amour, Choupette.

Cet article a été rédigé par Lucie H., étudiante en Romanistique à l’Université de Hambourg.

Un travail réalisé dans le cadre du projet „Französisch auf der Spur: Digitale Schnappschüsse an der Universität und in der Stadt“, avec le soutien du Jubiläumsfonds de l’Université de Hambourg, qui fête ses 100 ans en 2019.

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L’Occitanie au Hafengeburtstag

Feu d’artifice au Hafengeburtstag
Photo: compidoc, CC BY-ND 2.0

Hamburg, Ahoi ! La plus grande fête portuaire du monde s’est déroulée dans la ville hanséatique entre le 10 et 12 mai 2019. Chaque année, cet événement rassemble plus d’un million de visiteurs du monde entier. J’avais été prévenue : le Hafengeburtstag, c’est « beaucoup de gens, beaucoup de bière, et beaucoup de viande ».

En effet, je n’ai pas été déçue. Ajoutez à cela une ambiance festive, des feux d’artifice et des centaines de navires participant à la grande parade – tout Hambourg semblait s’être rassemblé sur les rives de l’Elbe en ce week-end ensoleillé.

L’art de vivre à la française

Cette année, l’Occitanie Sud de France était l’invitée d’honneur du 830ème anniversaire du port, ouvrant la deuxième partie de la série de manifestations unissant les deux régions – la semaine franco-allemande ayant eu lieu l’année passée en Occitanie.  En collaboration avec l’office du tourisme « Comité régional du tourisme Occitanie », la région promouvait la grande diversité de sa culture et de ses offres touristiques. Et cela en vaut la chandelle : avec presque deux millions de vacanciers par année, l’Allemagne est un partenaire essentiel du tourisme occitan, et pays d’origine de 18% des visiteurs étrangers. Bières artisanales, savons, vins : j’ai ressenti l’atmosphère détendue typique du Sud dès mon entrée dans le secteur en question, où l’accent chantant de la région tintait sous les toiles de tente. En discutant avec quelques commerçants, j’ai compris que beaucoup n’avaient pas de lien direct avec Hambourg, mais désiraient simplement étendre leur visibilité. La plupart avaient reçu une invitation de l’office du tourisme et avait décidé de participer à l’aventure, la saison des marchés n’ayant pas encore commencé en France. Cependant, si l’Occitanie fascine avant tout par ses spécialités culinaires et son sens de l’hospitalité, ce n’est pas tout ce qu’elle a à offrir.

Partenaire économique

Selon Jacques Daoulas, responsable du pôle Marketing et Attractivité du Comité Régional Touristique (CRT), l’Occitanie est un partenaire important pour la ville de Hambourg en raison des relations économiques qui les unissent. En effet, Toulouse et Hambourg sont deux centres importants pour l’entreprise Airbus, chef de file dans le secteur aérospatial mondial. Airbus emploie environ 12.000 personnes dans sa filiale hambourgeoise, tandis que plus de 20.000 collaborateurs travaillent sur le site d’assemblage toulousain.

De plus, l’Occitanie cherche à développer son économie et détient un rôle précurseur dans le domaine des énergies renouvelables et du développement durable. La région s’est en effet donné pour objectif de devenir la première région à énergie positive d’Europe. De même, Hambourg et le Schleswig-Holstein ont pour but de couvrir les besoins énergétiques de la région exclusivement avec des énergies renouvelables d’ici 2035. Les directeurs généraux des projets énergétiques ont dès lors pu se rencontrer et s’entretenir à ce sujet. Pour conclure, et comme le souligne Carole Delga, présidente de la région, Hambourg et l’Occitanie sont « deux façades maritimes qui se rencontrent » et qui, depuis quelques années, se témoignent un fort intérêt mutuel, annonçant une solide coopération pour l’avenir.

Cet article a été rédigé par Camille, étudiante à l’Université de Genève, durant son échange à l’Université de Hambourg.

Un travail réalisé dans le cadre du projet „Französisch auf der Spur: Digitale Schnappschüsse an der Universität und in der Stadt“, avec le soutien du Jubiläumsfonds de l’Université de Hambourg, qui fête ses 100 ans en 2019.

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Le port de Hambourg : porte ouverte sur le monde … et sur le commerce colonial ?

« Kolonialwaren » – magasin à Hambourg
Photo: Wiebke A.

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„Franzbrötchen“, „Alsterpavillon“ ou „Rotspon“ : la France est visible partout dans notre vie quotidienne à Hambourg. Mais à part ces vestiges assez connus, on trouve par ailleurs d’autres traces françaises, par exemple dans l’histoire de notre port géant – et dans les biographies et l’origine de la richesse de plusieurs familles de commerçants hambourgeois.

Le port de Hambourg existe depuis environ 1189, mais ce n’est qu’à partir du 15ème siècle qu’il commence à importer et vendre du sel et du vin venant de la France. 

Dès le début du 16ème siècle existe une liaison fréquente entre le port de Hambourg et celui de Rouen, en Normandie. C’est aussi à cette époque-là que beaucoup de huguenots viennent s’installer à Hambourg et avec eux s’établit une relation étroite entre la ville hanséatique et une ville française : Bordeaux. Malgré les relations de plus en plus étroites entre Hambourg et la France, les Hollandais restent néanmoins les plus présents dans les ports français.

1672 est l’année qui change tout : pendant la guerre franco-hollandaise, les Hollandais perdent leur influence sur les commerces de Bordeaux. La neutralité de la ville de Hambourg lui permet de sortir gagnante de ce conflit. Hambourg devient une concurrence pour les commerçants hollandais et est nommée « la petite Amsterdam du Nord ». En 1655 naît le premier contrat commercial entre la France et trois villes hanséatiques : Hambourg, Brême et Lübeck. 

En 1714, la ville de Hambourg reçoit même une lettre du roi Louis XIV débutant par les mots « Très chers et bons amis … » et expliquant que la France est heureuse d’annoncer l’installation d’un ambassadeur à Hambourg. Les relations diplomatiques entre Hambourg et la France sont nées.

Le 1er avril 1769 est signé, sous le règne de Louis XV, un Traité de Commerce entre la France et la ville de Hambourg, et ce document marque la naissance d‘une relation commerciale qui dure jusqu’aujourd’hui : la France est aujourd’hui encore le partenaire commercial le plus important du port de Hambourg – avant la Chine, les Pays-Bas, la Grande Bretagne et les États-Unis.

 La ville de Hambourg n’a jamais connu de noblesse royale, mais le succès du port a créé une autre forme de noblesse : la noblesse hanséatique. Beaucoup de familles hambourgeoises travaillaient dans l’export et l’import des produits venant d’outremer, parmi lesquels se trouvaient aussi des produits coloniaux. D’après Jürgen Zimmerer, professeur à l’Université de Hambourg et chef du projet Hamburgs (post-) koloniales Erbe/Hamburg und die frühe Globalisierung, Hambourg était la ville allemande qui a le plus  profité  de la colonisation et qui a été le plus intensivement impliquée  dans le colonialisme européen – grâce à son port, „porte ouverte vers le monde“. Entre 1730 et 1740, Hambourg est un partenaire commercial de premier plan pour les produits coloniaux français. 

Pour certaines familles hambourgeoises, la colonisation a permis d’établir une fortune colossale. Ainsi, Heinrich Carl von Schimmelmann exportait des armes et de l’alcool produit à Hambourg vers les pays africains, et en contrepartie, il transportait des esclaves vers les colonies européennes. La compagnie Jantzen & Thormählen dirigeait la plus grande plantation d’Afrique de l’Ouest, au Cameroun.

Jusqu’aujourd’hui, on peut trouver ces traces de la colonisation à Hambourg, par exemple dans le noms des rues, mais aussi dans les musées. Le président français Emmanuel Macron a annoncé sa volonté de restituer aux pays africains les biens culturels pillés pendant la colonisation et avec cette annonce, il a aussi généré une certaine pression sur les musées allemands. 

Dans le Museum für Kunst und Gewerbe, on trouve ainsi actuellement trois bronzes du Bénin qui ont été dérobés pendant la colonisation et qui ont été achetés par Julius Brinkmann, le premier directeur du musée. Mais aujourd’hui, il n’a pas été décidé de restituer ces bronzes au Bénin, mais de les garder dans le musée.

Nous voici arrivés au terme de notre petite excursion dans l’histoire franco-hambourgeoise. On a vu l’évolution de la relation commerciale entre notre port et ceux de la France, on a pu évoquer l’implication de la ville de Hambourg dans le colonialisme européen : l’histoire franco-hambourgeoise est en effet fortement liée à la colonisation. 

Cet article a été rédigé par Wiebke A., étudiante en Master de Pédagogie spécifique et de français à l’Université de Hambourg.

Un travail réalisé dans le cadre du projet „Französisch auf der Spur: Digitale Schnappschüsse an der Universität und in der Stadt“, avec le soutien du Jubiläumsfonds de l’Université de Hambourg, qui fête ses 100 ans en 2019.

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